Le rôle du DSI face à la pression budgétaire IT
Sommaire
- La pression budgétaire IT : phénomène structurel, pas conjoncturel
- Anatomie du budget IT : où passent vraiment les euros
- Les 5 leviers que tout DSI devrait activer
- Hardware : le poste de dépense le plus sous-optimisé
- Comment présenter un business case d’optimisation à la direction
- Le DSI acheteur : nouvelle compétence ou fausse bonne idée
- Externaliser la fonction achats IT : le levier méconnu des DSI
- Questions fréquentes
La pression budgétaire IT : un phénomène structurel, pas conjoncturel
Depuis 2020, tous les DSI font le même constat : le budget IT n’augmente pas proportionnellement à la complexité et aux attentes croissantes de l’organisation. Ce n’est pas une récession passagère. C’est un changement structurel de la relation DSI-CFO.
Les raisons sont multiples. Les conseils d’administration demandent une meilleure maîtrise des dépenses générales. La transformation numérique est désormais vue comme une nécessité opérationnelle, pas un investissement discrétionnaire. Les coûts de sécurité et de conformité explosent silencieusement. Les attentes des utilisateurs montent (outils collaboratifs, productivité, expérience utilisateur) sans augmentation budgétaire correspondante.
« Le budget IT augmente de 2-3 % par an, la complexité IT augmente de 15-20 % par an. C’est mathématiquement insoutenable sans optimisation. »
Nous observons que 75 % des ETI de 200 à 3000 collaborateurs vivent cette tension : budget stagnant ou déclinant en parts de chiffre d’affaires, mais responsabilités IT croissantes. Le DSI se retrouve piégé. Soit il fait une pierre deux coups : maîtrise les coûts ET modernise l’infrastructure. Soit il stagne.
Cette pression n’est pas près de s’atténuer. Elle oblige à une réinvention du rôle du DSI, passant de gestionnaire d’infrastructure à pilote stratégique de l’optimisation des coûts IT.
Anatomie du budget IT : où passent vraiment les euros
Comprendre la structure budgétaire IT est la première étape. Les DSI sont souvent surpris, une fois qu’ils creusent, de découvrir où leurs dépenses s’accumulent vraiment.
Salaires IT : le éléphant dans la pièce
C’est le premier poste budgétaire, mais le plus difficile à optimiser. Le marché de l’IT est tendu en France. Vous ne pouvez pas simplement réduire vos équipes. Cependant, vous pouvez : optimiser la mix compétences (moins de seniors coûteux sur des tâches routine, plus de juniors sur les vrais sujets), externaliser les tâches répétitives (support N1, gestion des tickets simples), utiliser l’ia pour automatiser les tâches prévisibles.
Infrastructure & cloud : le terrain d’optimisation principal
C’est où se cachent les inefficacités massives. Surprovisionnement des serveurs (capacité inutilisée), cloud public sous-optimisé (instances mal dimensionnées, données mal stockées), contrats cloud sans audit annuel, migrations partielles qui créent de la dette. Une audit approfondie identifie généralement 20-30 % de gaspillage.
Licences logicielles : terrain d’optimisation cachée
Les éditeurs sont malins. Les contrats de licence incluent des clauses complexes. Beaucoup d’entreprises paient pour des licences non-utilisées, les font passer de poste à poste, oublient des réductions volume auxquelles elles auraient droit. Un audit de licences révèle presque toujours 15-25 % de surpaiement.
Hardware : sous-optimisé systématiquement
Les DSI achètent souvent au prix fort par manque de temps pour négocier. Pas de consolidation d’achat, pas de stratégie de reconditionnement, pas de comparaison entre achat et leasing. Le hardware est un marché de commodity où 15-20 % d’économie est normale avec une bonne stratégie.
Les 5 leviers que tout DSI devrait activer
Levier 1 : Audit complet du parc logiciel (et agir sur les résultats)
Ne pas compter seulement sur les déclarations éditeurs. Utiliser des outils d’audit de licences (Flexera, Compliance Manager). Identifier toutes les licences » zombie » : logiciels achetés mais non-utilisés, abandonnés lors de migrations, ou dont les utilisateurs ne savent même pas qu’ils existent. C’est rare qu’une PME n’identifie pas au minimum 50-100 K€ de licences inutiles.
Une fois identifiées, les actions : renegociation avec éditeurs (« nous avons 30 % de licences orphelines, réduisez notre contrat »), consolidation des licences (un seul contrat au lieu de plusieurs petits), migration vers des alternatives open source où pertinent.
Levier 2 : Optimiser la charge cloud
Les factures cloud explosent rarement à cause des services achetés, mais à cause de la mauvaise configuration. Instances trop puissantes, données mal stockées en Glacier au lieu de S3 standard, trafic réseau inutile entre zones géographiques, snapshots orphelins. Mettre en place une gouvernance cloud (tagging, suivi, RI — Reserved Instances), utiliser les outils d’optimisation natifs (AWS Compute Optimizer, Azure Advisor). Impact : 20-30 % de réduction sans changement fonctionnel.
Levier 3 : Négocier les contrats hardware et externalisation
Les DSI paient trop pour le hardware et l’externalisation par manque de temps. Consolider les achats auprès de 2-3 fournisseurs (au lieu de 5-10 petits achats). Négocier sur durée (3 ans au lieu de 1 an = 15 % de réduction). Comparer systématiquement achat vs leasing vs reconditionnement. Pour l’externalisation (support, infrastructure), faire appel d’offres tous les 2 ans, même avec le prestataire actuel. Seul le benchmark crée la concurrence.
Levier 4 : Automatiser les tâches IT répétitives
Les équipes IT passent 30-40 % de leur temps sur des tâches routinières : provisioning serveurs, gestion des accès, mises à jour, tickets support simples. L’automation n’est pas un luxe, c’est une économie. Infrastructure-as-Code (Terraform), RPA (Robotic Process Automation), chatbots de support auto-résolutif. Réduction de 15-20 % des coûts support identifiée rapidement.
Levier 5 : Consolidation de l’infrastructure
Beaucoup d’ETI ont hérité d’infrastructures complexes, fragmentées, redondantes. Avant la rénovation technologique, faire une consolidation : fusion de datacenters, migration des applications redondantes, élimination des serveurs zombies. Identification et extinction de 20-30 % des serveurs non-utilisés ou très peu sollicités. Économie immédiate sur licences (virtualisateurs, OS) et infrastructure.
Hardware : le poste de dépense le plus sous-optimisé
Nous l’avons constaté à travers 150+ audits IT : le poste hardware est systématiquement géré de manière non-stratégique. Les DSI achètent réactivement, sans vision pluriannuelle, sans consolidation, sans alternative à l’achat.
Où se cachent les inefficacités
| Situation typique | Impact | Optimisation possible |
|---|---|---|
| Achat au prix fort, sans appel d’offres | 15-20 % surpaiement | Consolidation fournisseurs + négociation volume |
| Pas de distinction achat vs leasing | 30 % TCO supérieur | Leasing pour équipement évolutif |
| Renouvellement ad-hoc, pas planifié | 40 % surcoût maintenance parc ancien | Plan renouvellement 3 ans |
| Ancien hardware vendu au poids | Perte 60-70 % valeur résiduelle | Vente reconditionnement vs destruction |
| Serveurs sur-dimensionnés | 20 % capacité utilisée, 80 % gaspillée | Right-sizing, hyperviseurs, cloud |
Cas réel : Une ESN de 1500 personnes achetait annuellement 200 portables à 1400€ HT auprès de différents fournisseurs. En consolidant chez deux fournisseurs et négociant sur 3 ans, le prix est passé à 1150€/unité. Économie annuelle : 50 K€. Investissement temps audit : 40 heures.
Actions concrètes pour optimiser hardware
- Auditer les derniers 3 ans d’achats hardware : qui a acheté quoi, à quel prix, via quel fournisseur
- Identifier les 5 équipements les plus achetés (portables, serveurs, switchs, imprimantes, etc.)
- Consolider 80 % du volume d’achat chez 2-3 fournisseurs principaux
- Négocier des contrats sur 3 ans avec prix volumiques garantis
- Évaluer pour chaque catégorie : achat vs leasing vs reconditionnement
- Mettre en place une gouvernance d’achat IT (formulaire de demande, validation budget, suivi prix)
Comment présenter un business case d’optimisation à la direction
Les DSI hésitent souvent à proposer des initiatives d’optimisation à la direction. Crainte de paraître non-ambitieux, ou peur du reproche « pourquoi ne l’aviez-vous pas déjà fait ? ». Pourtant, un business case bien ficelé convertit le CFO.
Structure gagnante du business case
1. Cadrage du problème (1 page max)
Ne pas noyer dans les détails IT. Expliquer en termes métier : « Les dépenses IT croissent de 8 % par an, le budget de 2 %. Si rien ne change, nous aurons une tension budgétaire de 6 % par an d’ici 3 ans. C’est 1,2 M€ cumulés. »
2. Identification des leviers (1-2 pages)
Présenter 3-5 leviers d’optimisation identifiés (audit licences, optimisation cloud, consolidation hardware, externalisation). Chacun avec : estimation d’économie (basse, moyenne, haute), coût d’implémentation, durée.
3. Scénario de référence vs scénarios optimisés (graphe simplifié)
Montrer visuellement : trajectoire sans action (budget explosant), trajectoire avec optimisation (budget stable, services améliorés ou maintenus). Chiffrer en M€.
4. Roadmap d’implémentation (6-18 mois)
Phaser les actions. Exemple : Mois 1-3 audits licences et cloud, Mois 4-6 négociations et contrats, Mois 7-12 déploiement, Mois 13-18 optimisations secondaires. Toujours avec jalons clairs et chiffrage des gains par phase.
5. Risques et mitigation
Pas de projet sans risques. Identifier : risque de perturbation métier pendant migration (mitigation : déploiement par phase), risque de rejet des utilisateurs (mitigation : communication, formation), risque de non-atteinte des objectifs (mitigation : KPI mensuels, ajustements rapides).
6. Une métrique clé : TCO IT par collaborateur
Les directions comprennent mieux un indicateur comme « Coût IT par employé par an ». Montrer qu’optimiser passe de 1500€ à 1200€ par employé par an (20 %) tout en maintenant ou améliorant les services. C’est un langage business que tous comprennent.
Conseil : présentez toujours le business case avant de solliciter les investissements. Un projet d’optimisation IT coûte 5-15 % du gain annuel pour la première année (outils, audit, implémentation), puis génère 100 % du gain chaque année. ROI = 6-20x en 3 ans. C’est un excellent investissement.
Le DSI acheteur : nouvelle compétence ou fausse bonne idée
Chez certains clients, nous observons une tendance : demander au DSI de prendre en charge les achats IT directement, plutôt que de passer par la fonction achats centralisée. Est-ce une bonne idée ?
Les avantages
- Expertise technique : le DSI connaît réellement les besoins techniques, les éditeurs, les alternatives
- Agilité : pas de bureaucratie achat-IT, décisions plus rapides
- Responsabilité claire : le DSI est accountable du budget IT
- Rapprochement avec métiers : le DSI comprend mieux les besoins réels si il achète
Les inconvénients (souvent sous-estimés)
- Distraction du cœur de métier : le DSI dépense du temps précieux sur des négociations, au lieu de stratégie IT
- Manque de compétence achat : un DSI n’est pas un acheteur professionnel. Il manque les techniques de négociation, l’analyse TCO, la gestion fournisseurs à long terme
- Risque de dérives : sans discipline achat, les prix montent, les contrats deviennent des usines à gaz
- Conflict d’intérêt : le DSI veut la meilleure technologie, l’acheteur veut le meilleur prix. Ces deux objectifs peuvent entrer en conflit
Notre récommandation
Le hybrid model : le DSI définit les besoins techniques, approuve les spécifications, valide la sélection fournisseurs. Mais l’achat opérationnel (négociation, contrats, suivi) est confié à la fonction achats ou à une PMO (Project Management Office) IT dédiée. C’est le meilleur compromise : expertise IT maintenue, processus achat professionnel, temps DSI conservé pour la stratégie.
Si la fonction achats centralisée n’existe pas ou est faible, externaliser les achats IT à une firme spécialisée (comme YüZKO) est plus rentable que de charger le DSI. Le coût de l’externalisation (5-8 % du budget achats) est compensé par les économies réalisées (15-25 %) dans 95 % des cas.
Externaliser la fonction achats IT : le levier méconnu des DSI
L’externalisation de la fonction achats IT (procurement) n’est pas encore une pratique généralisée en France, contrairement aux pays anglo-saxons. C’est une opportunité largement sous-exploitée.
Que comprend l’externalisation des achats IT ?
- Audit du patrimoine IT et des dépenses : compréhension complète de ce qui est acheté, à quel prix, auprès de qui
- Identification des leviers d’optimisation : analyse TCO complète, benchmarking fournisseurs
- Négociation des contrats : avec expertise prix, clauses, conditions de paiement
- Gestion de la transition : migration vers les nouveaux fournisseurs, gestion des fin de contrats anciens
- Gouvernance achats IT : processus standardisé, KPI, reporting
Modèles économiques d’externalisation
| Modèle | Comment ça marche | Avantages / Inconvénients |
|---|---|---|
| Fee fixing | Fee fixe mensuelle/annuelle, indépendante des économies générées | Avantage : prix stable, prestataire pas incité à survendre. Inconvénient : moins d’alignement incitatif |
| Gain-sharing | Fee = pourcentage des économies générées (ex: 20 % de gain) | Avantage : total alignment. Inconvénient : disputes sur le « gain de référence » de base |
| Fee + gain-sharing hybride | Fee de base + bonus si économies dépassent objectif | Avantage : meilleur compromise. Inconvénient : plus complexe à négocier |
| Achat au pourcent | Fee = pourcentage des dépenses achats totales IT (ex: 3 %) | Avantage : simple à calculer. Inconvénient : peut inciter à augmenter volumes |
Quand l’externalisation achats IT crée de la valeur
C’est particulièrement pertinent si :
- Budget IT important : plus de 2 M€/an. Au-dessous, l’overhead d’externalisation n’est pas rentable
- Fonction achats IT inexistante ou faible : pas de négociateur dédié, DSI surchargé
- Multiplicité de fournisseurs : plus de 50 fournisseurs différents, contrats fragmentés
- Pression budgétaire forte : besoin d’identifier rapidement des leviers d’optimisation
- Complexité IT élevée : multi-cloud, infrastructure hybride, nombreux éditeurs
Statistiques YüZKO : chez nos clients ETI, l’externalisation achats IT génère en moyenne 18 % d’économies sur les dépenses IT en année 1 (hardware, logiciels, services). Coût de l’externalisation : 5-8 %. ROI = 2 à 3.6x dès l’année 1.
Comment structurer une externalisation d’achats IT
- Audit initial (4-6 semaines) : compréhension complète du patrimoine IT, des dépenses, des contrats existants
- Plan d’optimisation (2-4 semaines) : identification des leviers, chiffrage, roadmap
- Implémentation (3-6 mois) : négociations, contrats, transition vers nouveaux fournisseurs
- Suivi continu (ongoing) : gestion fournisseurs, renégociation annuelle, optimisations secondaires
Questions fréquentes sur le budget DSI et l’optimisation
Combien devrait représenter le budget IT en pourcentage du CA ?
Selon Gartner, la moyenne pour les ETI en France est 2.5 % à 4 % du chiffre d’affaires. En dessous de 2 %, vous êtes sous-investissant en IT. Au-dessus de 5 %, vous avez probablement des inefficacités à traiter. C’est un bon benchmark pour évaluer si votre budget est dans la norme.
Quels KPI suivre pour piloter le budget IT ?
Les incontournables : coût IT par collaborateur (TCO IT/effectif), coût infrastructure par transaction métier, coût licences logicielles par utilisateur, durée moyenne de résolution tickets (impact cost), taux d’automatisation des tâches IT. Suivre ces KPI mensuellement permet d’identifier rapidement les dérives.
Comment négocier avec un éditeur puissant (Microsoft, Salesforce, Oracle) ?
Vous n’avez pas le poids pour des négociations bilatérales. Solution : rejoindre des groupes d’achats coopératifs (FNGE pour les achats publics, Syntec pour les éditeurs software). Ou faire appel à une firme de procurement spécialisée ayant du poids de négociation. C’est leur métier.
Les outils d’optimisation cloud (AWS Compute Optimizer, Azure Advisor) suffisent-ils ?
Ils aident, mais ne suffisent pas. Ils optimisent l’utilisation des ressources existantes (15-20 % de gains). Ils ne remettent pas en question l’architecture globale (est-ce que je dois garder ce datacentre ? est-ce que cette application doit vraiment tourner sur VM dédiée ?). Une optimisation complète nécessite une revue architecturale, pas juste du tunning.
Faut-il réduire l’équipe IT pour réduire les coûts ?
C’est la pire approche. Les salaires IT sont 35-40 % du budget. Réduire l’équipe diminue la capacité IT, ce qui ralentit la transformation. La bonne approche : même budget, meilleure allocation (moins de routine, plus de projets stratégiques), externalisation des tâches non-différenciantes. Gain: amélioration de la valeur créée par IT, pas réduction.
Combien de temps pour voir les résultats d’une initiative d’optimisation IT ?
Court terme (0-3 mois) : audit et low-hanging fruits (licences orphelines, ressources cloud inutilisées). Impact : 5-10 %. Moyen terme (3-12 mois) : négociations, changements contrats, rationalisations infrastructure. Impact : 15-25 %. Long terme (12-24 mois) : réarchitecture, automatisation, optimisation continue. Impact : 25-35 %.
Comment communiquer l’optimisation budgétaire à l’équipe IT ?
Attention au message de « réduction budgétaire ». Ré-framer en « optimisation et allocation stratégique ». Message clé : nous dépensons plus intelligemment, ce qui nous permet d’investir davantage dans les projets métier prioritaires. L’équipe voit : moins d’administratif, plus de projets intéressants. C’est motivant, pas déprimant.
Parler à un expert en optimisation IT
Nous avons aidé plus de 150 ETI à optimiser leurs budgets IT de 15 à 30 % tout en améliorant les services rendus. Votre situation est unique, et nécessite une approche sur-mesure.
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